Quelle discipline dans les universités et écoles supérieures ?
La discipline est l’une des conditions indispensables pour non seulement la bonne marche des activités pédagogiques mais aussi, un vecteur non négligeable dans la formation des cadres de demain que sont les étudiants. Outre les mauvaise notes, c’est l’une des causes de renvoi de nombreux étudiants dans les écoles et université publiques et privées d’enseignement supérieur.
Didier Houndénou
La question de la discipline se pose avec acuité dans les écoles ou universités qui ont un nombre important d’étudiants. Malgré qu’en début d’année, chaque étudiant ait été informé sur les normes qui régissent l’école ou l’université en terme de discipline, il est loisible d’observer des cas isolés de certains étudiants rebelles à la discipline instaurée. Certains issus de familles aisées, donnent du fil à retordre à leurs parents et à l’administration de l’école. Des situations qui parfois les conduisent à changer d’école au cours de l’année. Sandra, étudiante en troisième année de Communication et publicité à l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (Ucao), a fait observer que dans son université la question de la discipline est tellement rigoureuse que certains étudiants craquent avant la fin de l’année académique. « Ils trouvent que c’est très dure. Lorsque j’étais en première et même en deuxième année, il y a eu des camarades qui ont changé d’école à cause de la rigueur dans la discipline », a-t-elle confié.
Et là aussi, on se demande si la bonne discipline imposée aux étudiants ne situe pas entre la discipline militaire qui peut être un carcan pour l’étudiant de l’enseignement supérieur et le laisser-aller total dans un contexte où les élèves n’ont pas été formés à prendre leur responsabilité tout seuls. La rigueur devant laisser aussi la place à la capacité de l’étudiant, qui n’est plus un élève de collège, de prendre conscience de son devenir et du sérieux pour y parvenir. Autant la trop grande rigueur peut entraver toute initiative et créativité, autant le laisser-aller est un péril pour l’université. La surveillance est donc nécessaire sans être un carcan ou une humiliation.
Selon le directeur de l’Ecole supérieur de Génie civil, Gérard Aïssé Gbaguidi, le problème de la discipline est capital car rien de sérieux ne peut se faire dans le désordre. Tout en indiquant que son école se présente comme un pôle du savoir, il a souligné qu’à chaque début d’année, les paramètres de discipline sont toujours étudiés et établis. Ce qui permet, a-t-il précisé, à chaque étudiant de savoir sur quel pied danser. « Nous communiquons beaucoup avec les étudiants à ce sujet », a-t-il rassuré. Pour le directeur des études de l’Institut universitaire Quartier Latin, Pierre Tchégninougbo, lorsque les effectifs des étudiants sont maîtrisés, il est plus facile pour l’administration d’avoir un œil sur eux de façon individuelle. Le travail devient plus facile, a-t-il ajouté, lorsque les étudiants sont conscients du fait qu’ils sont surveillés et donc susceptibles d’endosser seul la responsabilité de leurs actes. « De ce fait, les dérapages sont anticipés, contrôlés et gérés ». Le surveillant général de l’Ecole supérieur de management, Eugène Koudjegan, tout en abondant dans le même sens, a souligné que lorsqu’il y a violation des codes de conduite, les sanctions sont automatiques et proportionnelles à la faute commise. « Les cas des étudiants rebelles sont réglés automatiquement par un renvoi. Il n’y a pas de complaisance. Laissez faire, c’est ouvrir la boîte à pandore », a-t-il précisé.
Christelle Carrena et Nafissate Chabi, toutes deux, étudiantes en deuxième année de marketing et action commercial à Gaza formation, trouvent irréprochable le régime de discipline auquel, elles sont soumises dans leurs écoles. « C’est trop bien même. Si, un étudiant n’est pas d’accord sur la discipline, c’est aussi simple pour lui de changer d’école. Il suffit de se plier aux règles et tout le monde est tranquille », ont-elles fait savoir.
Mais au-delà de cette simple considération, il y a souvent des cas des étudiants fils à papa qui veulent remettre en cause les principes établis. « Il n’y a pas de macro-étudiant. Les cas des fils à papa sont aussi réglés avec la rigueur qui s’impose », a confié le directeur de l’Ecole supérieur de génie civil, Gérard Aïssé Gbaguidi. Mieux, il a souligné que le temps que les étudiants passent au cours est très considérable donc ils vivent certaines réalités à l’école et les résultats à la fin de l’année donnent souvent raison à l’encadrement. Il indique que de la même façon qu’il y a des fils à papa, il y a des parents qui se battent avec leurs enfants, certainement indignés par leurs comportements qui parfois ne les honorent pas. C’est le cas des étudiants qui dilapident les frais de contribution au lieu de les remettre aux services de la comptabilité. « Parfois, nous sommes obligés de nous interposer puis que le châtiment corporel est interdit lorsque les parents sont déchaînés sur leurs enfants. Mais il existe des mesures coercitives », a-t-il renchéri. Sur les questions d’harcèlement des filles qui aussi, constitue un obstacle pour le respect de la discipline, il a précisé que les étudiantes sont mises en contact directement avec l’administration pour éviter une telle situation.
Dans certaines écoles ou universités privées d’enseignement supérieur, il n’est pas facile de régler cette équation de la discipline. Encore moins dans les universités publiques où l’indiscipline est souvent caractérisée, les étudiants souvent encadrés par trop de politisation et de corporatisme, avec souvent beaucoup d’actions de défiance vis-à-vis de l’administration universitaire, certains étudiants oubliant même l’objectif principal de l’école qui est de former des citoyens. Dans les écoles supérieures privées, le respect de la discipline dépend des capacités d’encadrement. Là surtout, l’exigence de discipline devrait prédominer sur ce que l’étudiant apporte financièrement à l’école ou à l’université, car au-delà de tout, une formation dans les conditions requises permet d’avoir demain des cadres à même de relever les défis de leur propre adaptation au marché du travail, dans la discipline et l’ordre, deux facteurs importants pour réussir aussi bien dans la vie active que dans la société.